• Adieu...

    Adieu...

    Elle ferma la porte derrière elle et posa ses valises à terre avant de relever la tête. Elle balaya la pièce du regard et un sentiment de nostalgie l’envahit. Elle inspira profondément, sentant l’odeur de renfermé, du bois et de la cire pour parquet. Elle soupira, son regard reflétant sa tristesse, un pâle sourire se manifesta. Elle chassa ses idées noires, elle n’était pas là pour cela. Sans plus attendre, elle mit ses bagages dans la chambre, ses yeux s’arrêtèrent un moment sur le grand lit, ses souvenirs affluèrent, des larmes perlèrent. Elle les chassa rapidement en fermant les yeux et quitta la pièce.

    D'abord, ouvrir les fenêtres pour aérer l’endroit, sortir matelas et couettes, faire la vaisselle, déballer ses affaires. Ses tâches l’occupèrent pendant toute la journée, si bien qu’elle ne vit pas tout de suite de la nuit était tombée. Elle rentra le linge qu’elle avait mis dehors, refit le lit avant de se faire à manger. 21 heures, elle finissait de faire la vaisselle quand le vent se mit à souffler entre les pins qui entouraient la maison. Elle referma les volets en bois et s’installa, une petite boîte en fer dans les mains sur la terrasse donnant sur la forêt.

    Elle resta un long moment à observer ses conifères bouger leurs feuillages avec le vent, avant de se décider à ouvrir la petite boîte en fer. Quand elle souleva le couvercle métallique, le vent se mit à souffler plus fort. Elle le posa à côté d’elle et effleura chaque objet du bout des doigts, fermant les yeux, se souvenant des événements qui leur étaient reliés.

    Elle arrêta ses doigts sur le premier objet et le sortis. Une petite bague d’enfant dans une bulle de plastique. L’anneau était rouillé, la petite pierre rouge qui devait être dessus avait disparu. Il ne restait que l’ossature de la bague, pourtant elle sourit et la mise à son petit doigt, elle la serra fort contre son cœur avant de prendre un autre objet.

    Un petit bout de gomme arraché. Elle sourit en se souvenant du jour où elle lui avait donné. Cela remontait à si loin, pourtant elle avait l’impression que c’était hier. Ses larmes menaçaient de couler d’un instant à l’autre, elle ferma les yeux pour les empêcher de déborder, elle ne devait pas pleurer, elle ne le voulait pas. Ses souvenirs se dessinèrent sur ses paupières, elle revoyait ce jour d’été au fond de la classe. Lui, près de la fenêtre, regardant le ciel, rêvant à sa liberté. Elle, juste à côté qui l’observait. Le professeur était arrivé avec les copies, tout le monde avait regardé devant soi, attendant le commencement de l’examen. Un peu avant la fin du temps, il avait fait tomber sa gomme, sautant et roulant derrière lui. Il avait levé la main, pressée, mais le professeur ne l’avait pas vu, plongé dans son livre. Elle avait coupé un bout de la sienne et le lui avait tendu avec un timide sourire, leurs regards s’étaient alors croisé. Elle avait rougi et été retournée à son examen. Ce fut la première fois qu’il lui avait adressé un regard. Encore maintenant, en y repensant son cœur battait toujours aussi frénétiquement.

    Elle rouvrit les yeux et essuya la larme qui avait coulé malgré elle. Elle souffla pour se redonner du courage et replaça la gomme dans la mallette. À chaque objet qu’elle prenait, ses souvenirs revenaient comme si un film se déroulait devant ses yeux. Leur film. De leur première rencontre, leur premier échange à cette ultime entrevue.

    Entre ses mains glissait le ruban qu’il lui avait offert, elle pensait l’avoir perdu. Cette fois elle ne put empêcher son sanglot d’éclater. Elle mit les deux mains sur la boîte contenant tous ses souvenirs avec lui et laissa ses larmes couler. Le vent venait soulever ses cheveux, comme une caresse apaisante, l’odeur des pins lui était si familière, si rassurante. Mais il lui manquait tellement. Elle essuya ses larmes, regarda un moment devant elle avant de prendre le collier à son cou, là où pendait depuis 5 ans son alliance.

    Elle fit glisser la bague le long du ruban puis elle enleva la sienne, qu’elle portait encore à son doigt et la jointe à l’autre. Le petit tintement quand les deux bagues se rencontrèrent lui fit penser au son d’une petite cloche. Elle repensa à leur mariage, sa robe blanche, son regard doux et aimant quand il l’avait vue marcher vers lui. Ce sentiment de fierté et de bonheur quand il avait plongé son regard dans le sien après l’avoir embrassé. Leurs deux mains entrelacées qui ne s’étaient jamais quittées depuis.

    Elle redéposa le ruban entre leur souvenir et prit le couvercle de la mallette. Tout en la refermant, elle murmura d’une voix tremblante « joyeux anniversaire ». Le couvercle se referma dans un bruit sourd qui pinça son cœur, elle avait l’impression qu’il avait été emprisonné avec ces objets. Elle posa ses deux mains sur le métal et inspira. Le vent souffla fort entre les arbres, ses yeux lui piquaient à cause de la froideur de ses larmes. Elle releva la tête et cru voir entre les pins une ombre, elle oscillait, n’était pas distincte, mais son cœur l’avait déjà reconnu pour elle. Elle posa la boîte en fer et tel un pantin se leva pour s’approcher, mais le vent était si fort qu’elle s’arrêta, ses cheveux lui brouillèrent la vue, elle les dégagea. Il était parti. Un triste sourire naquit sur ses lèvres que les larmes avaient mouillées.

     

    Elle releva les yeux vers le ciel bleuté, la lune pleine lui souriait. Elle passa la main dans ses cheveux en soufflant, ressentant à son doigt le manque de la bague. Elle avait bien fait de revenir dans cet endroit où ils avaient passé leur premier voyage ensemble. Comme un dernier voyage, il l’avait rejoint dans ses souvenirs, avait partagé avec elle leur moment de bonheur. Elle pouvait recommencer maintenant si elle le voulait, c’était ce qu’il avait voulu lui dire. C’était son ultime adieu.   

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